Lapin, lapin, entre et viens me serrer la main !

Lapin, lapin, entre et viens me serrer la main !

Watership Down de Richard Adams, publié aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.

Il y avait longtemps que je n’avais pas éprouvé autant de plaisir à lire un roman.

Cette sensation de rentrer dans une histoire qui nous mène par le bout du nez, je l’avais perdue, à force de voir les plans derrière les plans, de déceler les techniques sous les mots, elle s’était envolée. La voilà de retour !

Et je voudrais remercie Fanny Decitre qui l’a présenté dans Les Voix du livre, sans elle je n’aurais même pas pensé à l’ouvrir.

Une histoire de bêtes

C’est une histoire d’animaux. Non, ce n’est pas pour les enfants, d’ailleurs qui a décrété que les bestiaires et autres aventures animalières étaient pour les enfants ?

Une histoire d’animaux, donc, à visée politique (au sens noble du terme, celui d’Aristote), sans virer à la fable philosophique. Anthropomorphisés, ils le sont un peu, c’est inévitable, comment raconter, sinon ? Mais l’auteur les rend humains d’un manière qui préserve leur étrangeté, leur « bestialité », comme le dit l’un des lapins (oui, ce sont des lapins !) en donnant à ce mot le même sens que celui que nous conférons fièrement à « humanité ».

Une épopée

Poussé par l’intuition d’un massacre imminent, un groupe de lapins quitte sa garenne pour rejoindre un lieu sûr. Solidarité, remise en question des règles de vie habituelles des lapins, fraternisation avec des espèces méprisés ou inquiétantes, le propos de l’auteur ne laisse guère de doute sur ses convictions politiques. Avec subtilité et, j’ose le dire, art. Tous les auteurs ne peuvent pas en dire autant.

Richard Adams s’amuse et son plaisir est communicatif : il joue avec les mots, invente un vocabulaire pour exprimer des notions lapinesques inconnus de nous, pauvres humains (grignoter de l’herbe, ruminer ses crottes, prendre l’air…), raconte les histoires du grand lapin rusé, le bien nommé Shraavilsha, mélange d’Ulysse aux mille tours et du facétieux Nasr Eddin Hodja (car les lapins se rassemblent pour écouter des contes dans leurs terriers, vous l’ignoriez ?), décrit le monde à hauteur de lapin avec bonheur. Ce qui n’empêche pas le sang, les massacres et les combats : ses lapins ne sont pas des doudous, ils sont vifs, sauvages et querelleurs.

Un classique !

Je n’ai pas encore terminé le roman et je me régale à patienter. D’où vient le charme de Watership Down ? De son originalité ? De son humanisme (si si!) ? Peut-être aussi, mais avant tout, de son universalité. C’est le propre des classiques, car c’en est un, à côté duquel j’étais passée.

Un dernier mot : il est publié par les excellentes éditions Monsieur Toussaint Louverture, qui ne fait jamais les choses à moitié, toujours avec autant de passion que d’exigence.

Bon, sur ce, je vous laisse, c’est la bonne heure pour aller farfaler.

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