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Presse

La Neversoise Claire Garand remporte le prix 2019 de la Cour de l’imaginaire pour son roman fantastique (Journal du Centre du 13/10/2019)


L’interview

Quel a été le déclencheur de votre envie d’écrire ?

Mon envie d’écrire remonte à loin. Je peux la dater du jour où ma maîtresse de CP, madame Claudine, a écrit les premières lettres de l’alphabet sur le tableau noir. Quelle beauté dans le geste et dans la forme des lettres ! Avec ces signes étranges, on formait toutes sortes de mots. On pouvait même les relire ensuite. Voilà ce qui me fascinait : de simples dessins sur des feuilles transmettaient des émotions et des histoires. C’était merveilleux.

Qu’est-ce qui vous inspire au moment d’écrire ?

Tout peut m’inspirer. Un geste, une parole entendue dans la rue, une œuvre d’art que j’ai vue dans une exposition, un mot que j’ai aperçu sur une affiche, un rire. J’en ai toute une collection dans ma mémoire émotionnelle. Ces bribes se touchent et se rencontrent en moi, parfois volontairement, quand je cherche à créer une histoire, parfois par hasard. Tout à coup, quelques-unes s’emboîtent ou se rejoignent d’une manière que je n’avais pas prévue. L’ensemble s’organise alors dans mon esprit et construit une idée, une atmosphère ou une histoire.

Selon vous, que faut-il pour faire une bonne histoire ?

Question difficile. Une même histoire ne plaira pas à tout le monde. J’aime les histoires dans lesquelles un personnage lambda se retrouve confronté à un obstacle auquel il n’est pas du tout préparé. Et il va trouver en lui les ressources pour tenter de le surmonter. Qu’il échoue ou réussisse n’est pas le plus important. L’essentiel, c’est qu’il se dépasse et en apprenne plus sur lui-même. À partir de là, on peut imaginer beaucoup d’histoires…

Quels sont vos auteurs favoris ?

Il y en a beaucoup, même si je m’attache plus à un livre en particulier qu’à toute l’œuvre d’un auteur. Je lis surtout des classiques donc mes romans préférés ne sont pas récents.

Les Maia, du romancier portugais Eça de Queiros, reste pour moi un sommet littéraire. Les ambiances, les personnages, l’intrigue, le style, tout est exceptionnel. On peut le lire comme l’histoire d’une maison de famille, comme une chronique de la décadence portugaise à la fin du XIXe, comme un roman d’amour interdit, comme une satire de mœurs… C’est un collier de perles fines à plusieurs rangs. Je pourrais mentionner aussi La princesse de Clèves que je relis chaque fois avec un plaisir renouvelé, Marcel Proust, Thomas Mann, Italo Svevo, Joseph Conrad… Dans des genres très différent, je suis aussi très sensible à la poésie de Tranströmer ou de Guillevic, et je me régale à la lecture de Samuel Beckett ou de Pierre Notte.

Parmi les auteurs plus contemporains, j’apprécie tout particulièrement la prose d’Herta Müller ou de György Dragoman, mais aussi celle de Marie-Hélène Lafon ou d’Éric Pessan.

Et je lis beaucoup d’auteurs de science-fiction ou de fantastique, comme Lovecraft, Howard, Egan, Scott Card, Dick, ou les français Michel Jeury, Joëlle Wintrebert, Stefan Wul, Jacques Spitz… Le policier accompagne aussi nombre de mes soirées, d’Agatha Christie à Franck Thilliez, en passant par Karel Capek ou Andrea Camilleri. Mes lectures varient selon mon état d’esprit.

De quoi parlera votre prochain roman ?

Je travaille actuellement sur un thriller psychologique dont la toile de fond est le harcèlement et ses conséquences.

Mon deuxième projet est à plus long terme. L’histoire se déroulera partiellement en Espagne, à la fin du franquisme, puis en France, au début des années 70. J’en suis au stade de la documentation, élément essentiel. C’est assez long, et je pense en avoir pour au moins deux ans !