Fabulation spéculative

Fabulation spéculative

Triple plaisir de lecture : apprendre, réfléchir, rêver.

Cette série de trois essais fictifs parle d’une science inventée par Ursula K. LeGuin dans une nouvelle publiée en 1976 « L’auteur des graines d’acacia ». En la lisant, Vinciane Despret, philosophe belge, a eu l’idée de creuser la question abordée par LeGuin.

De quoi parle « L’auteur des graines d’acacia » ?

D’une communauté de thérolinguistes (linguistes étudiant les langues des animaux sauvages) en désaccord sur le sens à donner à des traces de phéromones de fourmi sur des graines d’acacia. Car elles ont bien sûr un sens, en l’occurrence, celui d’un probable pamphlet révolutionnaire contre la reine.

Thérolinguistique

Dans ses essais fictifs, Vinciane Despret développe trois aspects de la thérolinguistique (appuyée par la théroarchitecture et d’autres sciences que je vous laisse le plaisir de découvrir) : l’un étudie la littérature vibratoire des araignées, l’autre la cosmologie fécale des wombats (grâce à l’étude de leurs excréments cubiques) et le dernier, la preuve de la métempsychose chez les poulpes.

Naviguant entre références réelles (dont l’autrice donne toutes les références) et extrapolations spéculatives, Vinciane Despret donne matière à réflexion autant qu’à rêverie. Les habitants du monde (autres que les humains) deviennent les auteurs d’une littérature (et d’une architecture) potentielle. Tout est écriture, tout est sens. Du moins, tout s’exprime. On entend à sa lecture, le cri du vivant à l’adresse des piétineurs-pollueurs que sont les humains sourds et aveugles que nous sommes. Comment comprendre la poésie d’une vibration au-delà de nos spectres de perceptions ? Nous la jugeons inexistante et ceux qui l’émettent dépourvus d’intérêt.

Le dernier essai spéculatif appuie particulièrement sur la nécessité pour l’humain de s’ouvrir à d’autres modes d’habitation du monde, celui, très détaillée, porté par les symenfants, des enfants d’une communauté qui apprennent une langue calquée sur le mode de communication des poulpes avant celles des humains. Autre syntaxe, certes mais avant tout, autre point de vue.

Ces essais m’ont rappelé, de loin mais avec netteté, Les langages de Pao de Jack Vance.

Pourquoi lire ces trois essais ?

Pour se rappeler que l’humain n’est pas le centre du monde créatif.

Pour déscléroser nos modes d’habitation du réel.

Pour poser un regard neuf sur ce qui n’est pas nous (et ça fait un paquet de bestioles, flores et minéraux, sans parler de l’univers).

Vinciane Despret revendique une étiquette SF (speculative fabulation), moi j’appellerais ça de la poésie.

Ah, et j’oubliais : utilisant la forme du mail, du discours et du rapport, parfois pompier, elle place le contenu en sévère décalage avec la forme, insufflant régulièrement de petites doses d’humour.

Poésie, linguistique, « SF », humour : j’adore !

Autobiographie d’un poulpe est publié chez Actes Sud

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