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	<title>Claire Garand</title>
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	<title>Claire Garand</title>
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		<title>Rien à lire !</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Apr 2026 10:44:30 +0000</pubDate>
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					<description><![CDATA[<p>(cet article est paru dans la revue numérique Le contre-hasard) Mais pourquoi aller au festival du livre de Paris&#160;? Puisqu&#8217;on me dit qu’il n’y aura presque pas d’éditeurs : aucun de ceux du groupe Hachette n’y sera pas plus que ceux de Grasset, bien sûr. Il ne restera donc pas grand-chose à voir. Ah bon ? Et les éditeurs indépendants, alors ? Ils sont nombreux, autour de trois mille en France (selon les décomptes), et plusieurs centaines au festival. Et...</p>
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<p>(cet article est paru dans la revue numérique <a href="https://lecontrehasard.com/rien-a-lire/">Le contre-hasard</a>)</p>



<p>Mais pourquoi aller au festival du livre de Paris&nbsp;?</p>



<p>Puisqu&rsquo;on me dit qu’il n’y aura presque pas d’éditeurs : aucun de ceux du groupe Hachette n’y sera pas plus que ceux de Grasset, bien sûr. Il ne restera donc pas grand-chose à voir.</p>



<p>Ah bon ?</p>



<p>Et les éditeurs indépendants, alors ? Ils sont nombreux, autour de trois mille en France (selon les décomptes), et plusieurs centaines au festival.</p>



<p>Et pétillants.</p>



<p>La surprise, c’est ce qui m’attire. Franchir le seuil du Grand Palais, m’arrêter sous la verrière dans le brouhaha joyeux, contourner la queue qui serpente autour de Gallimard pour me diriger vers le fond à gauche, là où la jeunesse et la poésie cèdent la place à la romance. Mon premier rendez-vous (oui, j’ai joint l’utile à l’agréable) n’est que dans deux heures, j’ai le temps de me faire happer par les éditeurs sur leurs stands et les auteurs en dédicace. Un véritable buffet de livres au milieu duquel j’ai envie de me laisser tenter par ce que je ne connais pas encore, comme, tiens, les toutes jeunes <strong>éditions Nos accointances.</strong></p>



<span id="more-1447"></span>



<h2 class="wp-block-heading">Nos accointances </h2>



<p>«&nbsp;Mon ovule gauche est en roue libre&nbsp;» clame une broche ronde sur fond rose, juste à côté du <em>Journal du sang</em> de Johanna Colette Lemler. Mais qu’est-ce que c’est que ce truc&nbsp;?</p>



<p><strong>Mathieu Limosino</strong>, co-fondateur, avec <strong>Ad</strong><strong>èl</strong><strong>e Limosino</strong>, de cette maison d’édition normande de poésie m’explique le projet.</p>



<p><em>M.L.&nbsp;: C’est l’une des deux premières publications de la maison. On édite de la poésie aussi bien en vers qu’en prose. Ce recueil, </em>Journal du sang ,<em> de Johanna Colette Lemler, s’intéresse au corps menstrué, à la manière dont les règles marquent le corps, pas simplement pour quelques jours dans le mois, mais tout le mois et sur des années. Il permet de comprendre leur impact sur ces femmes dans nos sociétés. Et c’est écrit dans une poésie qui n’est pas hermétique, c’est-à-dire avec des mots simples, accessibles à tous, et vraiment dans une idée de partage de l’expérience mensuelle, pour la faire vivre à toutes et à tous.</em></p>



<p>Sur le stand, à droite de ce recueil rose bonbon, un autre dans les tons gris ardoise, <em>Les vieilles </em>de Julie Gaucher, illustré par une photo extraite de la magnifique série <em>Paysannes</em> d’Alexis Vettoretti, un portrait intitulé «&nbsp;Geneviève&nbsp;».</p>



<p><em>M.L.&nbsp;: Cet autre recueil, dans un genre complètement différent, est également très fort. On aime bien que la politique raconte des choses. Il s’appelle </em>Les vieilles<em>. Dans nos sociétés, on a une invisibilisation des femmes autour de la cinquantaine et au-delà. L’autrice, Julie Gaucher, est une historienne du genre. D’habitude, elle travaille plutôt sur le sport, mais cette fois, elle s’est intéressée à ses «&nbsp;vieilles&nbsp;», à ses grands-mères notamment, pour montrer que ces femmes existent toujours, qu’elles sont fortes, qu’elles sont belles. La couverture y fait écho, c’est Geneviève, une paysanne qui a vécu dans sa ferme jusqu’à 98&nbsp;ans. Elle a été résistante et autrice.</em></p>



<p><em>Ces femmes,qui représentent quand même un tiers de la population,ne sont pas visibles, ni dans les médias ni aucinéma. Pourquoi ? Alors que ce sont des héroïnes. La langue de ces deux livres est très accessible. C’est notre envie : faire que la poésie soittrès active, vivace, avecdes mots de tous les jours.</em><br><br>Je repars avec la broche rose accrochée à ma veste.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Le héron d&rsquo;argent</h2>



<p>Miracle de cet appétissant festin littéraire qu’est le festival, je n’ai pas fait deux mètres que l’ambiance tourne à la fantasy avec les <strong>éditions du </strong><strong>H</strong><strong>éron d’argent</strong>, où <strong>Arnault Sarment</strong>, turban bleu savamment enroulé autour de la tête, les yeux ourlés de khôl, m’accueille avec des gestes d’enchanteur indien dans sa veste brodée de fil bleu et or. Sur son cœur, il tient son premier roman de fantasy <em>Le mage et le malfrat</em><em>, </em>un texte au parti-pris marqué&nbsp;:</p>



<p><br><em>A</em><em>.</em><em>S</em><em>.&nbsp;</em><em>:</em><em> L’</em><em>originalité </em><em>de cette histoire, c’est </em><em>d’être racontée du point de vue des méchants.</em><em>Et on va justement explorer la méchanceté et surtout la virilité, le virilisme, la masculinité toxique et la façon dont ça pervertit l’esprit.</em><br><em>Écrire ce roman </em><em>m’a appris à différencier les styles</em><em>,</em><em> parce que mes deux personnages appartiennent à des classes sociales différentes et il fallait que leur parler soit différent.</em><em>Donc il y a eu un énorme travail sur le vocabulaire, les expressions, le phrasé.</em><em> C’</em><em>était un défi que je me suis </em><em>lanc</em><em>é pour sortir de ma zone de confort.<br></em><br>C. Et comment avez-vous relevé ce défi&nbsp;?<br><br><em>A.S. </em><em>Avec beaucoup de recherches, et l’aide de ma coordinatrice éditoriale, des correctrices qui m’ont sermonné pour bien me montrer que certaines expressions avaient une historicité qu’il fallait respecter.<br></em><em>L</em><em>e problème</em><em>,</em><em> c’est que j’utilise beaucoup d’argot pour le personnage</em><em>, argot qui </em><em>n’est pas forcément bien traité dans nos dictionnaires.</em><em>Étymologiquement, historiquement, c’est une langue qui a commencé à l’oral et qui n’est pas forcément bien tracée</em><em>. L</em><em>es définitions n</em><em>e f</em><em>ont pas toujours consensus.<br>Pareil pour les expressions archaïques de l’autre personnage qui est très aristocratique.</em><em>On a vraiment des choses désuètes qui ne sont pas forcément </em><em>compréhensibles</em><em> par la plupart des lecteurs.</em><em><br>Donc il faut </em><em>les </em><em>rendre accessible</em><em>s</em><em> sans perdre le sel de sa langue</em><em>, </em><em>jouer entre ce qui est original, ce qui va avoir du sens, et en même temps ce que le lecteur va comprendre.</em></p>



<p><em>J’aiune exigence quand même de clarté et de rythme.Il ne faut pas que le lecteur consulte un dictionnaire toutes les cinq minutes en fait, donc on fait des choix stratégiques sur la langue.<br>Ça a été très compliqué, mais ça vaut le coup et c’est passionnant.<br>Parce que moi j’aime la langue et j’aime aussi dans la fantasyla façon dont on invente d’autres mondes pourcréer d’autres phrasés, d’autres langues.</em><br><br>C. Vous êtes aussi traducteur, est-ce que ça vous a aidé ?<br><br><em>A.S. Dans une autre vie, j’ai commencé en traduisant Jane Austen, et j’ai dû faire beaucoup de recherches sur les lois, la juridiction à l’époque, les codes sociaux aussi, donc c’était extrêmement formateur, de voir comment la langue structure l’ordre social.</em></p>



<p><em>Le français, c’est une langue qui a différents registres, qui est compliquée à dessein, pour renforcer certaines structures sociales, certaines hiérarchies.</em></p>



<p><em>J’ai donc repris un peu cette situation dans Le mage et le malfrat, </em><em>parce que c’est un roman sur une classe sociale, avec un employé et un employeur, qui ne sont pas issus des mêmes milieux et qui ont une relation extrêmement difficile.<br></em><em>C’</em><em>est de la fantaisie naturaliste, on va dire.</em><br><br>C. Naturaliste&nbsp;?<br><br><em>A.S. Oui, parce qu’on </em><em>explore énormément les classes sociales et le trauma générationnel, l’hérédité, la transmission par la famille.</em></p>



<p><em>C’est une histoire qui est très noire, mais aussi très drôle.</em><br><br>Voilà qui donne envie de découvrir ce roman.</p>



<p>Comme tant d’autres livres autour de moi. Toute résistance est inutile. Je fuis avant de craquer (mes bibliothèques sont pleines, il y a des livres jusque dans la cuisine et on ne peut plus s’asseoir sur mon canapé).</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;arbre qui marche</h2>



<p>Nouveau changement de décor. Je tombe en arrêt devant <em>Budapest </em>de l’autrice franco-hongroise Nina Yargékov dont j’avais dégusté avec délice <em>Double nationalité </em>aux éditions P.O.L. Cette fois, elle s’essaie au… guide de voyage&nbsp;? Pas tout à fait, m’explique <strong>François Saugier</strong>, co-fondateur des jeunes <strong>éditions L’arbre qui marche</strong> (depuis janvier 2024) avec <strong>Nadia Krovnikoff</strong><strong> et É</strong><strong>ric Karnbauer</strong><strong>.</strong></p>



<p><strong><em>F.S. Ce livre Budapest,</em></strong><em>ça fait partie d’une collection sur des villes. Ce sont des introductions écrites par des romanciers qui vivent sur place ou qui ont vécu sur place et qui racontent la ville de l’intérieur.C’est comme si vous aviez un ami proche qui vit là-bas et qui, en plus, a un talent, c’est qu’il sait très bien raconter les choses.<br>Budapest, c’est par une autrice qui s’appelle Nina Yargekov. Qui a écrit plusieurs romans extraordinaires, donc Double Nationalité, c’était il y a une dizaine d’années, qui aeu le prix de flore à l’époque. Sous forme d’unlivre dont vous êtes le héros, elle raconte toute l’histoire, la culture, la société de Budapest, avec notamment deux personnages. L’un adore sa ville et qui essaie de nous la faire aimer,l’autre est complètement déprimé à cause de l’ambiance politique de la ville. Le rôle du lecteurc’est d’essayer de lui rendre un peu d’optimisme.Bien sûr, ça ne va pas se passer comme prévu.<br>Mais chacun des livres de la collection est différent.Chaque auteur utilise les moyens de la fiction à sa manière.Parce que c’est d’abord un récit qui vavous emporter du début jusqu’à la fin, etvous allez tout apprendre sur la ville, tout comprendre.L’objectif, c’est d’arriver à comprendre ce qui se passe autour de vous quand vous êtes sur place.On propose aussides itinéraires à la fin pour pouvoir se balader.C’est pour ça que chaque ouvragea aussi ce côté un peu guidede voyage, mais iln’y a pas d’adresses.</em><br><br>C. Quelles sont les autres formes narratives utilisées par les auteurs des livres ?<br><br><em>F. S. Tokyo, c’est un récit épistolaire, Bruxelles, c’est une autofiction, Lyon, c’est une sorte de pièce de théâtreclassique, avecunité de lieu, unité d’action, unité de temps.Chaque auteur va choisir son dispositif en fonction de sa sensibilité et aussi en fonction de la ville.Les seules contraintes, c’est que ça vous emporte et qu’à la fin vous ayez appris plein de choses.C’est fantastique de voir à quel pointça transforme votre manière de voyager.Ça vous permet de voir plus de choses, un peu comme si vous étiez sur place depuis quelques mois.Comme d’avoir une sorte de décodeur pour comprendre ce qu’il y a autour.<br>En fait, chaque livre vous raconte une manière de vivre au monde.<br>Et on essaie de trouver la singularité de la ville : qu’est-ce qu’il ya de singulier dans le fait de vivre à Rome?à Tokyo, au Congo, à Istanbul, etc.<br>Et ça nous apprend aussi qu’on peut être une personne différente et toujours rester soi-même.</em><br><br>La collection compte déjà une bonne douzaine de titres, tous plus appétissants les uns que les autres, sans parler des superbes couvertures en aplats de couleurs façon estampe par Sébastien Jenger.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Sabine Wespieser, Zulma</h2>



<p>Je me détourne de cet antre de perdition. Mais pour tomber de Charybde en Scylla sur les <strong>éditions Sabine Wespieser</strong>. Vais-je me laisser tenter par un recueil de nouvelles (mais pourquoi en publie-t-on si peu&nbsp;?) de l’autrice haïtienne Yanick Lahens, <em>L’oiseau Parker dans la nuit </em>(une prose dont j’apprécie à la fois la violence et la délicatesse)&nbsp;? Ou par <em>Le dernier mouvement</em> de l’un des auteurs phares de la maison, Robert Seethaler&nbsp;?</p>



<p>Un petit détour par les<strong> éditions Zulma </strong>qui publient une nouvelle traduction des <em>Frères Karamazov </em>par Sophie Benech.</p>



<p>La charte graphique de leur collection d’essais attire agréablement le regard&nbsp;: <em>La poésie du futur, un mouvement de libération mondiale</em>, de Srecko Horvat, <em>Sortir de terre, une philosohie du végétal</em>, de Seloua Luste Boulbina, <em>Contre-atlas de l’intelligence artificielle</em> de Kate Crawford. En poche à des prix abordables. Trop. Ça devient dangereux pour mon portefeuille.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Archivio</h2>



<p>Je me replie sur le stand des <strong>éditions Archivio</strong>. Ici, je devrais être en sécurité. Erreur&nbsp;! Mon œil glisse sur un dessin du Parthénon orné de toutes ses couleurs d’origine (dominantes de bleu et de rouge) en couverture d’un petit livre tout fin sobrement intitulé <em>Les Ergastines, </em>dans la collection «&nbsp;la vie privée des œuvres&nbsp;»<em>. </em>Pour mon malheur, l’autrice, <strong>Odile Boubakeur</strong>, diplômée de l’École du Louvre et de l’EPHE, est en dédicace.</p>



<p>O.B. <em>Ce livre parle de l’arrivée du premier relief du Parthénon en Europe occidentale. Il arrive dans un Paris révolutionnaire qui exalte l’</em><em>A</em><em>ntiquité, entre révolution française et empire napoléonien.<br>Il raconte l’histoire d’un relief </em>(un morceau de frise sculptée)<em>qui va faire redécouvrir la Grèce antique comme on ne l’avait jamais vue.</em></p>



<p><em>On l’imaginait lisse, douce, brillante, on la découvre polychrome, palpitante, vingt ans avant l’arrivée des </em>Elgin Marbles<em> au British Museum. Par leur délicatesse et leur finesse, les Ergastines vont faire découvrir une Grèce magnifique et complètement différente de l’image qu’on en avait jusque-là.</em></p>



<p><em>Pour écrire ce livre, j’</em><em>ai cheminé avec le propriétaire initial des Ergastines, le comte de Choiseul-</em><em>G</em><em>ouffier,</em><em>l’ambassadeur de France à </em><em>l’époque. Il a acquis ce relief d</em><em>e manière plus ou moins illicite auprès des autorités ottomanes</em><em>. P</em><em>endant la Révolution française, </em><em>en 1792, il </em><em>a été déchu de son titre d’ambassadeur</em><em>, puis</em><em> a bénéficié d’une amnistie</em><em>.</em><em>C’est à ce moment-là que l’</em><em>œuvre entre dans les collections du Louvre pour n’en plus ressortir. Toute sa vie</em><em>,</em><em> Choiseul-Gouffier se battra pour tenter de la récupérer. C’est aussi ce que</em><em>raconte le livre.</em></p>



<p>Sa passion pour les Ergastines est contagieuse.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Tango Girafe</h2>



<p>Retour au présent, avec encore un soupçon de Grèce. «&nbsp;Xenos&nbsp;», l’étranger. Ce mot s’étale au milieu de la couverture d’un livre sur le stand des <strong>éditions Tango Girafe</strong>. De la poésie. Et pas n’importe laquelle&nbsp;: une édition bilingue français-français de l’ouvrage <em>Lettre à Xénos</em><em>, lettres d’amour en langue étrangère,</em> de <strong>Catherine Peillon</strong>.</p>



<p>Français-français ? Cette énigme pique ma curiosité. L’autrice, en dédicace, m’éclaire sur ce projet un peu fou :<br><br><em>C.P. Quand on parle, on croit parler la même langue, mais en fait ce n’est jamais la même. C’est-à-dire qu’on a chacun des référents et des signifiants différents.</em></p>



<p><em>J’ai mis en scène deux personnes dont aucune des deux ne parle la langue de l’autre. Pour jouer sur le plus d’équivoques possible à travers des traductions qui sont pleines de contresens, de trébuchements. La traduction, c’est le truchement. Ici, c’est le truchement dans le trébuchement.<br>Tout est dans un français élaboré.</em></p>



<p><em>Comme je ne voulais pas faire semblant de rédiger une traduction, j’ai utilisé une ruse «&nbsp;olympienne&nbsp;», avec des règles du jeu&nbsp;: en passant par le texte, par quelques traductions dans d’autres langues et en revenant au français pour faire surgir des choses qu’on n’aurait pas forcément pu imaginer.</em></p>



<p><em>Sans compter </em><em>le troisième texte, celui qui n’est pas écrit, mais qui vibre entre les deux langues.<br>L’idée était de sortir du discours courant et conventionnel, celui qu’on a appris à l’école</em><em>.</em><em><br>Et donc pour ça, il faut casser, il faut y aller au marteau, comme la philosophie.</em><br><br>C. Et comment casse-t-on au marteau&nbsp;?<br><br><em>C.P. Ç</em><em>a demande une très grande exigence, un très grand ascétisme, parce qu’il faut renoncer à tout </em><em>e</em><em>go, il faut accepter de se laisser dériver vers des r</em><em>ivag</em><em>es complètement inconnus.</em><br><br>C. C’est le voyage que vous promettez à votre lecteur&nbsp;?<br><br>C.P. <em>O</em><em>ui, et en plus, je lui permets </em><em>de suivre</em><em> le chemin qu’il veut, dans l’ordre </em><em>qu’</em><em>il veut&nbsp;</em><em>: il peut ne </em><em>lire que les pages de gauche, </em><em>celles</em><em> de droite, ou bien ligne à ligne, paragraphe par paragraphe, lettre par lettre, commencer par la fin…</em><em><br>C’est un immense paysage qui est offert au lecteur pour qu’il puisse s’y perdre lui aussi.<br>Et s’il a peur de se perdre, il peut </em><em>commencer simplement au début</em><em> et faire comme </em><em>pour un livre classique</em><em>.<br>Et tout tient en très peu de pages, 140&nbsp;pages.<br></em><em>M</em><em>ais tout ça</em><em>,</em><em> c’est grâce à la magicienne qui est mon éditrice, </em><em>Françoise </em><em>Éli</em><em>an, qui est </em><em>aussi poétesse et romancière.</em><em>C’est elle qui est venue me chercher</em><em>.</em></p>



<p>J’ai à peine le temps de me remettre de ce bilinguisme intime qu’un reflet bat au bord de mon champ de vision.</p>



<p><em>Tram</em><em>.</em><em>es </em>aux <strong>éditions du bunker</strong>, fondées par Hélène Lécot, dont la couverture argentée brille littéralement. Cette anthologie rassemble de nombreux poètes, connus ou dont c’est la première publication, sur le thème de la ville. À côté, je retrouve <em>Rixe</em>, un texte de Jules Petrichor qui m’avait harponnée par sa puissance évocatrice. Prochaine parution&nbsp;: <em>Üssmel, et autres poèmes noirs</em> de Jean-Michel Maubert. «&nbsp;La terre, la condition sacrificielle des bêtes, le sombre, la foi, la folie…&nbsp;» m’explique l’éditrice. Je sens que ça va m’intéresser. Parution en mai.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les forges de Vulcain</h2>



<p>J’arrive au stand des <strong>éditions des Forges de Vulcain</strong>. Sur le stand, Éric Pessan dédicace son incroyable roman <em>On ne verra pas les fleurs le long de la route</em>, un détonnant mélange de citations (plus de mille) et de road movie dystopique. Incroyable, mais il l’a fait&nbsp;!</p>



<p>De l’autre côté, <strong>Guillaume Chamanadjian</strong> termine de signer son nouveau roman au titre énigmatique <em>Heureux comme jamais</em><em>. </em>De quoi peut bien parler ce livre&nbsp;?</p>



<p><em>G.C. Le</em><em> sous-titre</em><em> annonce un peu le programme&nbsp;:</em><em> «&nbsp;Comment les ultra-riches ont cessé d’</em><em>e</em><em>rrer dans l’espace après avoir fui la Terre&nbsp;».</em><em>Donc il faut imaginer</em><em>un vaisseau spatial</em><em> qui file</em><em> avec à son bord </em><em>deux mille</em><em> résidents.</em><em> C</em><em>e sont les ultra-riches qui ont quitté la Terre au moment où on leur a d</em><em>emand</em><em>é des comptes pour le réchauffement climatiq</em><em>ue.</em><br><em>Il</em><em> y a </em><em>aussi </em><em>deux ingénieurs qui s’occupent de la maintenance des vaisseaux, un père et </em><em>surtout </em><em>sa fille </em><em>qu’on</em><em> va suivre pendant tout le roman</em><em>. Elle</em><em> commence à se rendre compte que les gens avec lesquels elle voyage ne sont peut-être pas aussi sympathiques qu’ils en ont l’air.</em><em> Plus</em><em> le roman avance, l’image se craquette et se fissure un petit peu.</em><br><br>C. Qu’est-ce que vous avez appris sur votre écriture en écrivant ce roman&nbsp;?<br><br><em>G.C. C</em><em>e roman il est né d’une pause </em><em>que j’ai faite dans l’écriture d’un autre texte sur lequel je bloquais. </em><em>Je cherchais des nouvelles manières de l’aborder</em><em>, de le rédiger&nbsp;: est-</em><em>ce que finalement j’</em><em>allais faire</em><em> un roman à trois voix ou à une seule, etc.</em><em>Et je me suis dit non</em><em>, </em><em>là j’ai besoin d’une pause, je m’embrouille trop l</em><em>’</em><em>esprit.</em></p>



<p><em>C’est à ce moment-là que j’ai eu l’idée de</em><em> commencer ce chapitre</em><em> en suivant une </em><em>idée de roman de SF qui me </em><em>trott</em><em>ait dans la tête.</em><em> Je me suis dit&nbsp;: «&nbsp;</em><em>Je vais écrire un chapitre et puis je vais voir où ça me mène&nbsp;».</em><br><br>C. Donc, complètement en jardinier.<br><br><em>G.C. Presque, j’</em><em>avais quand même une petite idée de </em><em>la manière dont</em><em> je voulais terminer, mais je ne savais pas exactement comment j’allais y arriver.</em><em>Mais c’est la première fois que je suis parti sur un projet sans me dire</em><em> «&nbsp;</em><em>ça</em><em>,</em><em> c’est le roman que je vais écrire.&nbsp;»</em><em>J’ai juste commencé en me disant on va faire un chapitre et puis un autre et </em><em>encore</em><em> un autre</em><em>. Et je verrai </em><em>si je progresse suffisamment pour qu’à la fin ça fasse un roman.</em><br><br>C. Finalement, la pause a duré un petit peu plus que prévu&nbsp;?<br><br><em>G.C. </em><em>Ça a duré </em><em>le temps d’écrire</em><em> un roman complet.</em><em> A</em><em>u fur et à mesure, les idées apparaissent.</em><em> D</em><em>ans </em>Heureux comme jamais<em>, j’avais envie d’aller sur quelque chose d’un peu plus brutal</em><em>, </em><em>avoir un roman qui soit choc, changer la narration complètement, ne pas être sur un récit où on parle au passé</em><em>, mais avancer une idée. </em><em>Le résultat est donc </em><em>un récit au présent qui aborde de manière extrêmement frontale la question des ultra-riches et des inégalités sociales.</em><em> J</em><em>e me suis dit que le format court permettait d’être encore plus percutant.</em><br><br>L’heure tourne, arrive mon rendez-vous.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Les pérégrines, Lurlure, Fugue, Théâtrales</h2>



<p>Ensuite, j’ai encore un peu de temps pour flâner devant le stand des <strong>éditions des Pérégrines </strong>dont la collection de biographies de femmes oubliées de l’histoire, ou effacées, m’attire. <em>Marguerite Durand</em> et <em>Séverine</em> côte à côte me rappellent ma dernière interview pour «&nbsp;Comment j’ai écrit certains de mes livres&nbsp;: <em>Les frondeuses</em> de Yoann Iacono publié aux éditions Ystia/Lanskine et qui raconte justement un pan de la vie de la première avec l’aide temporaire de la seconde pour la création du premier journal féministe <em>La fronde</em>.</p>



<p>Un court passage par les <strong>éditions Lurlure</strong> où je découvre, ébahie, <em>Trubert</em>, de Douin de Lavesne, un fabliau transgressif, dont le héros est un “hypertransfuge de classe” selon le préfacier, <em>Bertrand Rouziès-Léonardi</em>. Et traducteur. Français-français encore une fois, mais de l’ancien au contemporain puisque le texte date du XIII<sup>e&nbsp;</sup>siècle et constitue une diatribe satirique et violente contre les inégalités sociales et les puissants. Un manipulateur punk au moyen-âge. L’ouvrage est si iconoclaste que l’enlumineur s’est arrêté de l’illustrer en chemin.</p>



<p>Une petite halte devant les toutes jeunes<strong> éditions Fugue</strong> qui rassemblent deux de mes passions, la musique et la littérature. J’ai tout juste le temps de découvrir la préhistoire réinventée d’Antoinette Rychner dans <em>Ma forêt, </em>dont les héroïnes s’interrogent sur les rituels de la procréation. “Radicale et poétique, féministe et cru” ont écrit les éditrices sur la quatrième de couverture en pesant chaque mot, m’expliquent-elles<em>.</em></p>



<p>Tentant.</p>



<p>Puis je file vers les <strong>éditions théâtrales</strong> où je me laisse prendre par <em>Entre côtes, une série porcine</em>, de Théo Perrache, sur les rapports masculins. Avec surtout une écriture décapante et décalée&nbsp;: les héros, deux cochons, cherchent à percer le secret de la vie. Ils le trouvent avec sensibilité et cruauté.</p>



<p>Fin du buffet. On ferme. Tout le monde dehors.</p>



<p>J’ai retrouvé avec plaisir des auteurs et des éditeurs que je connais.</p>



<p>Mon sac est rempli de livres, mon téléphone de photos d’autres textes à lire si j’ai le temps. Dans une deuxième vie.</p>



<p>Cette petite escapade m’a prouvé qu’en effet, en l’absence de Grasset et Hachette, il n’y avait rien à voir au festival du livre de Paris.</p>
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		<title>Comment j&#8217;ai écrit un feuilleton</title>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 05 Nov 2025 11:07:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écriture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Quand Sophie CARMONA, éditrice de la revue numérique Le contre-hasard, m&#8217;a proposé il y a quelques mois d&#8217;écrire un feuilleton à parution hebdomadaire, j&#8217;ai adoré l&#8217;idée et j&#8217;ai dit oui.Et ensuite je me suis demandé ce que j&#8217;allais bien pouvoir raconter&#8230; 😅J&#8217;avais déjà écrit une série d&#8217;horreur, Extinction party, pour feu l&#8217;application Rocambole et j&#8217;avais bien aimé l&#8217;expérience . Cette fois, j&#8217;avais envie d&#8217;explorer une nouvelle forme et un nouveau genre. Pourquoi ? Parce que je finalise actuellement un roman...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/11/SIMONE-2_contours2reduit.png" alt="" class="wp-image-1393" style="width:285px;height:auto"/></figure>
</div>


<p>Quand <a href="https://www.linkedin.com/in/sophie-carmona-165525285/">Sophie CARMONA</a>, éditrice de la revue numérique Le contre-hasard, m&rsquo;a proposé il y a quelques mois d&rsquo;écrire un feuilleton à parution hebdomadaire, j&rsquo;ai adoré l&rsquo;idée et j&rsquo;ai dit oui.<br>Et ensuite je me suis demandé ce que j&rsquo;allais bien pouvoir raconter&#8230; <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f605.png" alt="😅" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" /><br>J&rsquo;avais déjà écrit une série d&rsquo;horreur, <em>Extinction party</em>, pour feu l&rsquo;application Rocambole et j&rsquo;avais bien aimé l&rsquo;expérience . Cette fois, j&rsquo;avais envie d&rsquo;explorer une nouvelle forme et un nouveau genre. Pourquoi ? Parce que je finalise actuellement un roman de 720 000 signes sur lequel je travaille depuis 4 ans et que j&rsquo;avais besoin de m&rsquo;aérer l&rsquo;esprit en explorant des territoires qui ne me sont pas familiers.<br>Alors, ce feuilleton ?<br>Ça cogitait dans ma tête : « Et si je m&rsquo;inspirais des créateurs du genre, les Eugène Sue et consorts ? Et si, comme eux, je détournais (de loin) des faits divers (sacré défi pour moi qui n&rsquo;écris d&rsquo;ordinaire que sur de la fiction pure) ? Et si je cherchais à créer du suspense et de l&rsquo;émotion tout en proposant une petite énigme au lecteur ? » Miam !<br>Ça commençait à devenir amusant et stimulant à la fois.<br>Et quelle méthode utiliser?<br>Réflexion et préparation comme d&rsquo;habitude ? Euh&#8230; vu le délai (deux mois), impossible. Alors que faire ? Il restait le mode « jardinier ». Un fonctionnement que je ne pratique presque jamais.<br>Je me suis dit que, quitte à explorer autre chose autant aussi tenter une nouvelle technique.<br>J&rsquo;ai donc profité de ma retraite d&rsquo;écriture cet été avec d&rsquo;autres auteurs pour développer mon projet (parce que j&rsquo;avais quand même effectué beaucoup de recherches qu&rsquo;il fallait mettre au clair).<br>Le résultat a été relu et amélioré grâce au regard sagace de bêta-lectrices expertes : Nadège, Shizukan et Lofarr, que je remercie chaleureusement.<br><br>Et ça raconte quoi?<br>L&rsquo;histoire est très librement inspirée de deux faits divers non élucidés. Elle commence par une disparition en 1957, dans la cour d&rsquo;une ferme bourguignonne.<br>Et il y est question d&rsquo;une Dauphine bleue.<br>Pour savoir le reste, il faut lire le texte <img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/1f604.png" alt="😄" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />.<br>Alors, un feuilleton noir d&rsquo;une page chaque mercredi, ça vous tente ?<br><br><a href="https://lecontrehasard.com/?p=2720">Je vous laisse découvrir le premier épisode ici.</a></p>



<p></p>
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		<title>Et soudain, je découvre un lien entre l’uchronie et l’autofiction&#8230;</title>
		<link>https://claire-garand.fr/2025/08/19/et-soudain-je-decouvre-un-lien-entre-luchronie-et-lautofiction/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Aug 2025 22:52:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écriture]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>&#8230;deux genres à priori très éloignés, l’un relevant de la science-fiction et l’autre de la littérature contemporaine du soi. Ça me tombe dessus pendant la lecture d’un article sur un sujet qui traite de tout autre chose et dont je ne parlerai donc pas. Qu’est-ce que c’est que cette histoire&#160;? C’est celle du fils adoptif de Napoléon (son filleul qu’il a ensuite adopté, Louis-Napoléon Geoffroy-Château) qui trouve que, tout de même, sa vie aurait été drôlement plus grandiose si papa...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p>&#8230;deux genres à priori très éloignés, l’un relevant de la science-fiction et l’autre de la littérature contemporaine du soi.</p>



<p>Ça me tombe dessus pendant la lecture d’un article sur un sujet qui traite de tout autre chose et dont je ne parlerai donc pas.</p>



<p>Qu’est-ce que c’est que cette histoire&nbsp;?</p>



<p>C’est celle du fils adoptif de Napoléon (son filleul qu’il a ensuite adopté, Louis-Napoléon Geoffroy-Château) qui trouve que, tout de même, sa vie aurait été drôlement plus grandiose si papa avait conquis la Russie. Une petite fiction, <em>Napoléon et la conquête du monde</em>, et hop, le tour est joué.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-full is-resized"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/08/maitres.jpg" alt="" class="wp-image-1376" style="width:224px;height:auto"/></figure>
</div>


<span id="more-1373"></span>



<p>C’est aussi un roman considéré comme la première uchronie, ainsi que le rappelle Serge Lehman dans sa préface au passionnant <em>Les maîtres du vertige</em>. Même si le mot n’a été créé qu’en 1876 par Charles Renouvier.</p>



<p>Oui, je triche. Oui, j’invente. Louis-Napoléon ne parle pas de lui-même dans ce roman, comme on le ferait dans une vraie autofiction, mais de la gloire de son père. Pourtant, ce que j’en retiens, c’est une envie de voir ce souhait réalisé et d’y croire (et d’en découvrir peut-être les conséquences sur lui-même)&nbsp;: «&nbsp;écrire l’histoire non telle qu’elle fut, mais telle qu’elle aurait pu être&nbsp;» (dixit Renouvier). Louis-Napoléon le dit lui-même dans son avertissement&nbsp;: «&nbsp;J’ai fini par croire à ce livre après l’avoir achevé. Ainsi, le sculpteur qui vient de terminer son marbre y voit un dieu, s’agenouille et adore.&nbsp;»</p>



<p>On m’objectera que ce n’est pas du tout ça, l’autofiction&nbsp;: même en trichant et en jouant honteusement sur les définitions contradictoires du genre (Doubrovsky, Genette, Lecarme&#8230;), il faut au moins un narrateur identique au protagoniste et à l’auteur, d’une part (comme dans toute autobiographie) et d’autre part des faits réels (enfin, ce point reste sujet à débats).</p>



<p>Alors que dans <em>Napoléon et la conquête du monde</em>, on a affaire clairement à une biographie-fiction. Serais-je en train de m’égarer&nbsp;?</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignright size-full"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/08/plath.jpg" alt="" class="wp-image-1375"/></figure>
</div>


<p>Je fais seulement un court détour pour expliquer mon propos&nbsp;: prenons une autre biographie uchronique, celle qu’a rédigée Coline Pierré à propos de Sylvia Plath «&nbsp;<em>Pourquoi pas la vie&nbsp;?&nbsp;»</em> Dans cette biographie-fiction (qui est un petit plaisir de lecture, d’ailleurs&nbsp;!), l’autrice réécrit la vie de la poétesse en supprimant son suicide et en lui faisant vivre la suite de son existence d’une manière solaire. N’est-ce pas aussi une uchronie&nbsp;? Un genre caractérisé par un moment de bascule où l’histoire change&nbsp;?</p>



<p>Ce qui m’a intéressée dans ce rapprochement entre uchronie et autofiction, c’est ce qu’on pourrait en faire&nbsp;: je passe beaucoup de temps à écrire des autobiographies romancées pour mes commanditaires, et je me suis prise à rêver d’un genre spécifique&nbsp;: l’auto-uchronie. Ou plus précisément l’autobiographie uchronique. On regarderait sa vie et on se dirait&nbsp;: et si je n’avais pas choisi A, mais B&nbsp;? Et si tel événement de mon existence n’avait pas eu lieu/avait eu lieu&nbsp;?</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/08/napoleon-667x1024.webp" alt="" class="wp-image-1374" style="width:220px;height:auto"/></figure>
</div>


<p>Et tout changerait, comme la biographie réécrite de Napoléon. Ce serait une bascule dans la vie de l’auteur-narrateur-protagoniste&nbsp;: le début serait identique à la réalité quand soudain, on passerait dans la fiction, en une sorte d’autofiction poussée au maximum.</p>



<p>Il est à noter que la fin de la vie de Napoléon dans l’uchronie rédigée par son fils adoptif n’a rien de folichon.</p>



<p>«&nbsp;N’ayant plus rien à faire, parce qu’il avait tout fini, ni rien à désirer, parce qu’il n’y avait plus pour lui de désirs possibles, trop loin des choses et des hommes, il se trouvait seul dans l’univers.&nbsp;»</p>



<p>La plus belle auto-uchronie n’est donc sans doute pas celle où l’on conquiert le monde&nbsp;: ce serait d’un ennui&nbsp;! (est-ce vraiment une révélation&nbsp;?).</p>



<p>Je n’ai pas l’intention d’écrire d’autofiction uchronique (donc avec ma pomme en héroïne), mais je serais ravie d’en lire quelques-unes (ou, pourquoi pas, d’en écrire pour d’autres&nbsp;: D)</p>



<p>Et vous, ça vous tente&nbsp;?</p>
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		<title>Cet été : salons et retraite d&#8217;écriture</title>
		<link>https://claire-garand.fr/2025/07/10/ou-me-rencontrer-cet-ete/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 10 Jul 2025 14:35:00 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[salon]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>©Patrick Beisse JUILLET Je serai à Clamecy puis à Sète : « Les livres envahissent le grand marché » à Clamecy mercredi 16 juillet : dédicaces 14h-17h ; rencontre : 17h15 « Marché de la poésie » de Sète : lecture conjointe avec Catherine Pont-Humbert et Sarah Laulan samedi 19 juillet à 18h Au plaisir de vous croiser ! AOÛT En août, je participerai à une retraite d&#8217;écriture dans le Finistère avec des autrices et auteurs que je retrouve chaque année. La famille de...</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<figure class="wp-block-image size-full"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/07/sete.jpg" alt="" class="wp-image-1354"/></figure>



<p>©Patrick Beisse</p>



<h2 class="wp-block-heading">JUILLET</h2>



<p>Je serai à Clamecy puis à Sète :</p>



<p class="has-text-align-center"><strong>« Les livres envahissent le grand marché » à Clamecy</strong>  mercredi  16 juillet : </p>



<p class="has-text-align-center">dédicaces 14h-17h ; rencontre : 17h15</p>



<p class="has-text-align-center"><strong>« Marché de la poésie » de Sète : </strong>lecture conjointe avec Catherine Pont-Humbert et Sarah Laulan samedi 19 juillet  à 18h </p>



<p>Au plaisir de vous croiser !</p>



<h2 class="wp-block-heading"><strong>AOÛT</strong></h2>



<p>En août, je participerai à une retraite d&rsquo;écriture dans le Finistère avec des autrices et auteurs que je retrouve chaque année. La famille de l&rsquo;une d&rsquo;entre nous prête très aimablement son immense maison. C&rsquo;est toujours un bonheur d&rsquo;échanger sur nos écritures, toutes très différentes, et de suivre les projets des uns et des autres.</p>



<p>Enfin, nous pouvons nous lâcher ! &#8230;et parler de la seule chose essentielle dans la vie, l&rsquo;écriture et la lecture, sans lasser nos interlocuteurs : ils en redemandent et nous aussi, on veut tout savoir de ce qu&rsquo;ils font !</p>



<p>Au programme : le matin, écriture.</p>



<p>Au déjeuner, les sujets de conversation ? Nos personnages, nos intrigues, nos ratages, nos petites (et grandes) victoires, nos techniques, nos (dé)blocages&#8230; On échange des conseils, on rit beaucoup.</p>



<p>L&rsquo;après-midi, écriture et parfois un peu de lecture, un peu de promenade pour&#8230; réfléchir à ce qu&rsquo;on écrit ! Et aussi pour aller jusqu&rsquo;à l&rsquo;excellent café-librairie du coin qui a une carte de glaces, de livres et de petits gâteaux très alléchante.</p>



<p>Au dîner, mêmes sujets de conversations mais avec un thème proposé par jour (pour canaliser nos idées, sinon ça fuse dans tous les coins). </p>



<p>Le soir, lecture commune d&rsquo;extraits de nos textes en cours et discussion (passionnées et passionnantes), jeux (narratifs), lectures de fictions ou non-fictions et conversations à bâtons rompus sur&#8230; l&rsquo;écriture.</p>



<p>La nuit, quand on tend l&rsquo;oreille, on nous entend murmurer nos histoires.</p>



<p>Vous croyez que ça fait trop ? Nous pas, on adore ça ! </p>



<p>Et comme chacun prépare les repas à tour de rôle, ça nous fait en plus voyager culinairement. Miam !</p>



<p></p>
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		<title>« La poésie, c&#8217;est élitiste ! »</title>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 19 Jun 2025 17:49:10 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Écriture]]></category>
		<category><![CDATA[salon]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>« La poésie, c&#8217;est élitiste »&#8211; Ah bon ? Vous êtes sûr ?La poésie parle de nous, de tout ce qui nous anime.Elle raconte des histoires, nous effraie, nous aime aussi.Vous ne me croyez pas ? Vous avez bien raison, en cette époque de Fake news, rien ne vaut l&#8217;expérience personnelle.Venez vérifier place Saint-Sulpice au marché de la poésie de Paris.Vous verrez des poètes et des poétesses : tiens, c&#8217;est bizarre, ils ont des têtes normales.Vous lirez des poèmes : tiens, c&#8217;est...</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p>« La poésie, c&rsquo;est élitiste »<br>&#8211; Ah bon ? Vous êtes sûr ?<br>La poésie parle de nous, de tout ce qui nous anime.<br>Elle raconte des histoires, nous effraie, nous aime aussi.<br>Vous ne me croyez pas ? Vous avez bien raison, en cette époque de Fake news, rien ne vaut l&rsquo;expérience personnelle.<br>Venez vérifier place Saint-Sulpice au marché de la poésie de Paris.<br>Vous verrez des poètes et des poétesses : tiens, c&rsquo;est bizarre, ils ont des têtes normales.<br>Vous lirez des poèmes : tiens, c&rsquo;est bizarre, ils parlent de ce qui vous titille, vous gratouille et vous fait rire aux éclats.<br>Vous serez émus : tiens, c&rsquo;est bizarre, nous partageons tous la même condition d&rsquo;humains.<br>Et si vous avez cinq minutes, je serai ravie de vous parler de l&rsquo;univers et du reste, et même de mes derniers coups de coeur en poésie.<br>Je serai sur le stand 113 (La tête à l&rsquo;envers) :<br>vendredi 20 juin : 18h<br>samedi 21 juin : 13h<br><br>À bientôt ! </p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/06/486322596_18288895678220776_2193795025154280867_n-1024x768.jpg" alt="" class="wp-image-1343" style="width:255px;height:auto"/></figure>
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			</item>
		<item>
		<title>Chez les Pomaks pour écrire mon prochain roman</title>
		<link>https://claire-garand.fr/2025/04/05/chez-les-pomaks-pour-ecrire-mon-prochain-roman/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 05 Apr 2025 13:18:42 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Programme MIRA Livre 2024 de l&#8217;Institut Français —&#160;Tu pars en résidence d’écriture en Grèce&#160;? Ce sont des vacances&#160;! me dit une connaissance quand j’annonce mon départ. La Grèce où je vais n’est pas celle des touristes, des Cyclades et des maisons blanches sur fond de méditerranée. Les montagnes de la Thrace abritent une constellation de villages oubliés à la frontière bulgare. C’est là qu’habite depuis des millénaires une population appauvrie et méconnue, les Pomaks. Autour de gros bourgs et de...</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<h3 class="wp-block-heading">Programme MIRA Livre 2024 de l&rsquo;Institut Français </h3>



<p>—&nbsp;Tu pars en résidence d’écriture en Grèce&nbsp;? Ce sont des vacances&nbsp;! me dit une connaissance quand j’annonce mon départ.</p>



<p>La Grèce où je vais n’est pas celle des touristes, des Cyclades et des maisons blanches sur fond de méditerranée. Les montagnes de la Thrace abritent une constellation de villages oubliés à la frontière bulgare. C’est là qu’habite depuis des millénaires une population appauvrie et méconnue, les Pomaks. Autour de gros bourgs et de petites villes, quelques familles peuplent encore des hameaux perdus. Elles perpétuent des traditions anciennes, l’usage d’une langue qui ne s’écrit pas, et d’une religion minoritaire, l’islam, dans un pays où la croyance orthodoxe officielle n’est pas séparée de l’État. Beaucoup de guides touristiques ne mentionnent même pas cette région. C’est la Grèce successivement thrace, ottomane, bulgare, aujourd’hui musulmane. Résolument autre.</p>



<span id="more-1308"></span>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/04/montagne-1024x461.jpeg" alt="" class="wp-image-1310"/></figure>



<p><img decoding="async" width="100%" src="/"><br>Quand j’ai postulé pour le programme MIRA, je m’étais déjà beaucoup documentée sur les lieux et les habitants des monts du Rhodope, j’avais construit mon histoire et les personnages et je savais avec précision ce que je venais chercher. Comme je l’espérais, j’ai découvert encore bien plus.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Départ écologique</h2>



<p>D’abord, il faut s’y rendre&nbsp;: surtout pas en avion. Dans ma demande d’allocation de séjour, je me suis engagée à utiliser des transports à faible émission de carbone. J’ai aussi fait ce choix parce que la Grèce est (au moins en partie) un pays des Balkans. La Thrace se rapproche de cette culture si particulière. Il fallait que je la sente pour en restituer les notes. Le car m’est apparu comme la meilleure porte d’entrée. J’ai bien fait, ce trajet haché de deux jours et demi m’apporte l’indispensable sensation de passage et d’étrangeté que quatre heures en plein ciel escamotent&nbsp;: escale à Zagreb, brumes de Skopje à cinq heures du matin, réveil au milieu de la nuit pour battre le pavé des douanes en sortant de la Macédoine, bakchich pour faire accepter la guitare (lui&nbsp;: «&nbsp;Vingt euros&nbsp;»&nbsp;; moi&nbsp;: «&nbsp;Non, dix&nbsp;», en lui mettant le billet dans la main&nbsp;; transaction réussie).</p>



<p>Quand j’arrive à Xanthi, la capitale de la Thrace et des monts du Rhodope, c’est le soir, il fait déjà nuit, j’ai envie d’une bonne douche et d’un lit. J’ai réservé un AirBnb dans la vieille ville musulmane au bord de la montagne et de la rivière. Le matin, pour ma première promenade dans les rues, je découvre enfin en vrai ce que j’ai scruté en photo et en vidéo&nbsp;: les villas viennoises mêlées aux demeures de style ottoman, avec leurs moucharabiehs délicats, et les maisons typiquement pomaks à soubassement de pierre surmontées d’un étage peint en blanc. Leur présence se télescope dans mon imaginaire avec les images, mais aussi les descriptions que j’en ai lu. Dès cet instant, je sais que cette résidence va m’apporter ce qui me manquait&nbsp;: la perception par tous mes sens.</p>



<p>Grâce à des contacts préalables, je trouve un fixeur en la personne de C. Il refusera toujours que son nom soit divulgué, et même son prénom, y compris dans les remerciements&nbsp;:</p>



<p>—&nbsp;Pour éviter les problèmes.</p>



<p>Il ne mentionnera pas lesquels, et me demandera aussi avec une certaine appréhension si le livre sera traduit en grec. À chaque fois, il me répétera qu’il ne veut pas qu’on sache qu’il m’a transmis des informations. Pourtant, rien de ce qu’il me dit ne me semble «&nbsp;secret défense&nbsp;»&nbsp;: nous parlons de traditions et de vie quotidienne. Plus tard, quand il évoquera certains événements à caractère plus politique, je comprendrai mieux cette réticence. Et bien sûr, je respecte son choix. Cette prudence se retrouvera chez d’autres interlocuteurs Pomaks. C’est un crève-cœur pour moi, car je suis profondément redevable à C. Sans lui, je n’aurais pas eu accès à des témoignages essentiels.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Des Grecs musulmans qui parlent une langue bulgare </h2>



<p>C. a la soixantaine. Il est né dans un petit village de montagne de la taille de celui de mon roman, environ dix ans après l’un de mes personnages principaux, la source d’informations idéale. Quand je lui raconte les ambitions de la mère de mon protagoniste, il s’exclame&nbsp;: «&nbsp;Mais c’est mon histoire&nbsp;!&nbsp;» Nous nous amusons de cette coïncidence de bon augure. C. n’a pas réalisé tous ses rêves, seulement certains, et en garde une légère amertume. Il est cependant fier de ses réussites, avec raison&nbsp;: quitter son village pour apporter une vie meilleure à ses enfants.</p>



<p>Les Pomaks sont grecs et maîtrisent tous cette langue, mais peu l’anglais. Dans les discussions, mon grec rudimentaire ne suffit pas. C. parle couramment grec, turc, anglais et bien sûr pomak. Grâce à lui je peux obtenir les témoignages capitaux de personnes très âgées, principalement des femmes, qui utilisent surtout le pomak. Elles racontent les traditions familiales, les rites de naissance, les fêtes musulmanes teintées de paganisme, les étapes du mariage, événement complexe qui occupe beaucoup la communauté et qui joue un rôle dans mon roman. Mes lectures précédentes, notamment Mauss, Godelier, Descola et Testard, mais aussi, plus spécifiquement sur les Pomaks, Dalègre et Tsibiridou, me fournissent les clefs indispensables pour poser des questions nécessaires à l’étoffement de l’univers de mon histoire&nbsp;: je me base sur les schémas connus de prix de la fiancée, échange d’épouse, dons et contre-dons, etc., mais également sur leur rapport à ce que nous appelons la nature.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/04/interieur_cerf-1024x461.jpeg" alt="" class="wp-image-1311"/></figure>



<p>La figure du cerf avec sa ramure, en particulier, est présente visuellement dans tous les intérieurs sous forme de tapisserie au mur. Celle de l’ours aussi, en arrière-plan, comme un voisin très craint. Enfin, l’herboristerie locale occupe une place importante.</p>



<p>Recevoir cette matière foisonnante me passionne. Faute de pouvoir enregistrer (je n’en ai pas l’autorisation), je prends une multitude de notes à toute vitesse. Dans ma tête se superposent l’histoire que j’ai prévu de raconter et la réalité, comme deux vibrations qui soudain se rejoignent.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Confronter la documentaire au réel pour enrichir le livre à venir</h2>



<p>Ces échanges me donnent aussi l’occasion de découvrir de l’intérieur les conséquences des différentes politiques imposées à la région&nbsp;: l’enseignement de langues perçues comme étrangères, le grec et le turc, l’impossibilité pour les enfants de suivre l’école en pomak, ou encore le traitement des habitants des Rhodopes, en tant que citoyens obligés de posséder un passeport dans leur propre pays jusque dans les années&nbsp;90. Je l’avais intégré en tant qu’information parmi d’autres, ici j’écoute une voix qui l’a vécu.</p>



<p>—&nbsp;Au moment de la crise de Chypre [en 1974], m’explique-t-on, quelqu’un d’un autre village est venu nous prévenir&nbsp;: les soldats chrétiens seront bientôt là pour vous tuer. Fuyez dans la forêt&nbsp;! Alors nous sommes tous partis nous cacher en emportant des pommes de terre cuites et des couvertures.</p>



<p>Cette incursion militaire n’était pas dans ma documentation préalable. La promenade du vainqueur du loup non plus, et mille détails que je n’aurais trouvés nulle part. Certains retiennent mon attention&nbsp;: les jeux de la veillée. À ma grande surprise, deux jeux de stratégie correspondent de manière étonnante à l’esprit de mon personnage. Je n’en crois pas mes yeux&nbsp;: c’est pile ce qu’il me fallait pour manifester l’une de ses caractéristiques&nbsp;; la réalité rejoint la fiction. J’apprends moi-même à y jouer pour pouvoir les utiliser dans le roman. Je ne suis pas très douée, mais j’en comprends les principes, c’est l’essentiel.</p>



<p>Mais ces témoignages, aussi riches soient-ils (ou à cause de cette richesse) partent un peu dans tous les sens. Pour cadrer les événements et obtenir des précisions, autant que pour vérifier des dates, des faits et des décrets, je me rends au musée historique et folklorique de Xanthi.</p>



<p>&#8211; Nous sommes dans la maison d’un ancien industriel du tabac, m’explique Giorgos Kiriakidis, historien qui y travaille et connaît tout de la région.</p>



<p>Je lui explique mon roman et il me propose une visite individuelle pendant laquelle il me parle de la grande époque de la ville, de son déclin, et du mélange des communautés. Il répond à plusieurs de mes questions, même les plus inattendues.</p>



<p>La densité des documents et des collections m’impressionne&nbsp;: le haut est occupé par des costumes et du mobilier de la bourgeoisie orthodoxe quand la «&nbsp;cave&nbsp;» (plutôt un soubassement) présente des objets du quotidien typiquement pomaks, des outils agricoles, des broderies, des vêtements. Je consulte sur place des cartes, des affiches, des journaux, des ouvrages historiques et ethnographiques mais aussi des archives comptables des différentes communautés locales (Grecs de confession juive, Pontiques, Saracatsanes, etc.).</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/04/femme_musee-461x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1312" style="width:326px;height:auto"/></figure>
</div>


<p>Je ne pouvais pas rêver mieux&nbsp;: mon roman se déroule dans un hameau fictif où se côtoient chrétiens et pomaks. Dans la réalité, des villages mixtes existent, mais sont très rares. L’exemple sur lequel je me base pour mon histoire est la petite ville d’Echinos où cohabitent églises et mosquées sans friction. Même s’il est beaucoup moins peuplé, le décor de mon roman reprend une structure similaire. J’insiste simplement sur la séparation entre haut et bas, car tous ces bourgs et hameaux bâtis à flanc de montagne sont en pente, comme leurs champs.</p>



<p>Les collections du musée sont exposées sous forme de scènes dans des pièces reconstituées. Il me fournit ainsi un vivier représentatif de lieux dans les deux communautés avec une précision que je n’osais espérer. Je m’en inspire pour les maisons dans lesquelles se déroule l’histoire. Grâce à ces présentations très vivantes, je rectifie des éléments lus dans des articles d’anthropologie pomak pour rester au plus près de la réalité.</p>



<p>J’attache une grande importance à cet aspect, car mon roman est une fiction. J’invente tous les personnages et je crée des péripéties parfois à la limite du vrai&nbsp;: des événements qui ne sont arrivés qu’une fois ou des situations inhabituelles. Tout le reste doit donc coller au réel. Par exemple, pour les trajets de mon protagoniste dans la forêt et le long des champs de tabac, j’arpente moi-même les lieux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Une culture qui se meurt</h2>



<p>J’ai bien fait de prendre de bonnes chaussures de randonnées, les bois réservent des surprises&nbsp;: à-pics, troncs barrant la route, sentier qui bifurquent, fontaines cachées. J’herborise grâce à mon guide en comparant l’image et la réalité, pour documenter le travail d’un des personnages dont c’est le métier. Les chemins qui mènent à certains villages sont étroits et remplis de cailloux. J’y croise des chiens, des motos, des mules, des chevaux et beaucoup de ces petits chênes rabougris qu’on nomme kermès. Partout, je rencontre une hospitalité incroyable.</p>



<p>—&nbsp;Vous venez de Medousa&nbsp;? Je peux vous avancer si vous voulez, je m’arrête à Kato Thermes.</p>



<p>Et me voilà partie avec deux Pomaks d&rsquo;une vingtaine d&rsquo;années qui découvrent avec stupeur qu’une écrivaine française prépare un roman dont l’intrigue se déroule dans l’un de leurs villages.</p>



<p>—&nbsp;Vous avez un compte Instagram&nbsp;? Je vais vous suivre, me propose l’un.</p>



<p>—&nbsp;Il faut que vous mentionniez que les Pomaks descendent des archers d’Alexandre, m’explique un autre avant de me déposer à l’arrêt du car.</p>



<p>Cette ascendance prestigieuse revêt une grande importance pour eux, qui se sentent citoyens de seconde zone dans leur propre pays. Ballottés entre leur identité grecque qu’on leur a concédée du bout des lèvres et leurs racines pomaks qui s’estompent au fil des générations, ils se tournent aujourd’hui vers la Turquie dont ils parlent désormais la langue.</p>



<p>La culture pomak se mange aussi. Tous les Pomaks que je rencontre s’accordent sur la qualité d’une table reconnue dans toute la Thrace.</p>



<p>— Il faut que tu ailles goûter notre gastronomie à la taverne de Kottani !<img decoding="async" width="100%" src="/"> Je l’ai en effet repérée depuis plusieurs mois, sur Instagram (les Pomaks sont modernes) et sur les sites de restaurants : elle est réputée dans toute la région. Mais elle se mérite. Au bout d’un chemin de terre d’une dizaine de kilomètres, un peu avant le hameau de Kottani, la route fait une petite boucle. Une demi-douzaine de maisons grimpent la pente. Une seule est encore habitée et une autre, au sommet d’un minuscule plateau, a été transformée en taverne. Devant l’entrée, un espace couvert en bois est réservé à des femmes Pomaks qui vendent des produits tissés et de la vannerie.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/04/plats_traditionnels-1024x461.jpeg" alt="" class="wp-image-1313"/></figure>



<p>L’intérieur de la taverne a gardé l’atmosphère d’une demeure typique. Dallage, murs de pierres crépies de torchis, poêle, guirlandes de feuilles de tabac séchées. Quand j’entre, je regarde tout, je sens tout, j’écoute tout, car je l’ai choisie pour servir de modèle au restaurant où se déroulent de nombreuses scènes du roman. J’y adjoindrai d’autres éléments pris ailleurs, mais la configuration des lieux en sera directement inspirée. À l’étage, un mini-musée expose une cuisine, un salon et des chambres pomaks datant de l’époque où se passe mon récit. Je l’avais vérifié avant de venir.</p>



<p>—&nbsp;Tout est resté dans le même état que du temps de mon grand-père, m’explique le tavernier.</p>



<p>Je prends une multitude de photos et quelques vidéos pendant qu’on me raconte le passé. Quand je redescends, son épouse me donne un cours express de vocabulaire pomak alors qu’elle pèle les «&nbsp;patatnik&nbsp;» devant moi, à côté du poêle.</p>



<p>Je répète les mots après elle. Mon accent lui convient, elle sourit.</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/04/guirlande_de_tabac-1024x461.jpeg" alt="" class="wp-image-1314"/></figure>



<p>La culture pomak se meurt, je le découvre avec tristesse. Celle que je présente dans mon roman est déjà en voie de disparition. Le récit se déroule successivement entre les années&nbsp;50 et 70, puis en 2001. À cette époque, elle déclinait, mais restait vivace. Depuis vingt-cinq ans, l’eau a coulé au fond des vallées, le tabac ne fait plus recette et les jeunes partis travailler en Allemagne ou en Turquie ne sont pas revenus. Les villages sont peuplés de vieillards dont la mémoire se perd.</p>



<p>—&nbsp;Comment dit-on «&nbsp;maman&nbsp;» en pomak&nbsp;?</p>



<p>J’ai en effet prévu d’inclure certains mots exprimant des relations familiales comme mère et petit-fils et je pose la question à C. Ses yeux s’agrandissent.</p>



<p>—&nbsp;Je ne sais plus, m’avoue-t-il stupéfait par sa propre ignorance, attends, je vais le retrouver.</p>



<p>Ce mot, il ne l’utilise plus, car sa mère est morte, et il parle grec et turc toute la journée.</p>



<p>Il finit par l’exhumer de sa mémoire. Ouf&nbsp;! Mais cet oubli l’alerte.</p>



<p>—&nbsp;Les recherches que tu fais me montrent qu’il faut préserver notre culture. Je vais écrire un livre, moi aussi, pour rassembler tout ce que savent nos anciens pendant qu’ils peuvent encore le raconter, me dit C.</p>



<p>Je l’y encourage. Il regrette que sa mère ne soit plus là, car, m’explique-t-il, elle avait une mémoire exceptionnelle.</p>



<p>—&nbsp;Elle se souvenait de tout comme si elle voyait un film défiler sous ses yeux.</p>



<p>Moi aussi, j’aurais aimé lui parler.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Retour à Athènes</h2>



<p>Les semaines sont passées à toute vitesse et je dois déjà partir à Athènes où m’attend la directrice adjointe des activités culturelles de l’Institut français de Grèce, Polina Mouratidou.</p>



<p>Quand je m’en vais, C. m’offre un sac pomak tissé et cousu par sa femme. Ce cadeau m’émeut.</p>



<p>—&nbsp;C’est le sac traditionnel dans lequel on met les pommes de terre, les tomates et le fromage pour le déjeuner quand on travaille aux champs.</p>



<p>Quand je le remercie, il m’explique l’une des origines du mot Pomak.</p>



<p>—&nbsp;C’est un mot slave qui veut dire «&nbsp;celui qui aide&nbsp;». Donc aider, pour un Pomak, c’est normal&nbsp;!</p>



<p>Même si nous avons passé beaucoup de temps ensemble, il m’enverra ensuite plusieurs mails comportant d’autres informations précieuses sur la culture pomak.</p>



<p>C’est dur de quitter la Thrace.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Quelle bonne idée j’ai eue d’aller à Athènes le jour de la grève générale ! </h2>



<p>Si mon car arrive à l’heure, impossible de rejoindre mon logement. Le café où je m’arrête prendre un jus d’orange me confirme que rien ne fonctionne, pas même les taxis. Les échauffourées sont si brutales pendant la manifestation dans le centre d’Athènes qu’elles apparaissent aussi dans des fils d’actualité français, et me valent des appels et messages de proches inquiets. Je rassure tout le monde, je vais bien, et je sais où dormir ce soir : j’ai fini par trouver un lit dans une auberge de jeunesse près de la gare, je regagne mon Airbnb demain.</p>



<p>Les manifestations rassemblent des milliers de Grecs&nbsp;: un accident de train a fait plusieurs dizaines de morts il y a exactement deux ans à cause d’une défaillance dont une grande partie de la population tient le gouvernement pour responsable.</p>



<p>Le lendemain, la ville a retrouvé son rythme habituel. Je déjeune comme prévu avec Odile Bréhier, libraire et fondatrice de la librairie Lexikopoleio. Cette femme à l’enthousiaste et au dynamisme contagieux m’attend dans un restaurant délicieux où je retrouve aussi l’éditrice de mon prochain livre, un recueil de poèmes. Dominique Sierra est venue en compagnie de sa collaboratrice comme presque tous les ans. C’est une grande amoureuse de la Grèce. Odile et elle se connaissent depuis longtemps et nous parlons des prochaines parutions de Dominique et de traductions en grec.</p>



<p>Quand je retourne le soir à mon Airbnb, je réponds à un message de l’éditrice et fondatrice des éditions Géphyre, Sandrine Scardigli, qui m’a beaucoup aidée à me préparer pour ce voyage. Sa profonde connaissance de la culture et de la littérature grecque m’a été très précieuse&nbsp;: films, livres, vidéos, musiques, gastronomie, etc. Avec elle, j’ai pris un cours accéléré de culture grecque contemporaine. Nous découvrons que, par un hasard extraordinaire, je me trouve justement dans le quartier où elle a vécu. Elle me donne aussitôt quelques adresses utiles pour mes quelques jours à Athènes.</p>



<p>Le lendemain, je déjeune chez l’écrivain et essayiste Yannis Kiourtsakis, en compagnie de son épouse, la traductrice Gisèle Kiourtsakis. Cet ancien avocat a précédemment répondu avec beaucoup d’amabilité à plusieurs de mes questions sur certains points juridiques à propos des procès sous la junte et de l’emprisonnement de femmes pendant la dictature. Ces renseignements me permettront de donner une couleur réaliste à la partie concernant l’incarcération d’un des personnages. Cette fois, nos discussions portent davantage sur la politique de son pays. Je me félicite d’avoir lu l’excellent <em>La</em> <em>Grèce et les Balkans</em> d’Olivier Delorme. Ce livre en trois volumes (je n’ai lu que les deux derniers) retrace tout ce dont j’ai besoin pour comprendre les commentaires de mon interlocuteur qui a connu la junte militaire. Pendant notre discussion, je prends de nombreuses notes mentales destinées à alimenter certains aspects de la troisième partie de mon roman. Le soir, je les mets au net, comme tous les jours depuis que j’ai posé le pied en Grèce.</p>



<h2 class="wp-block-heading">L&rsquo;institut français de Grèce</h2>


<div class="wp-block-image">
<figure class="alignleft size-large is-resized"><img decoding="async" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2025/04/ifathenes-461x1024.jpeg" alt="" class="wp-image-1315" style="width:244px;height:auto"/></figure>
</div>


<p>Mon départ approche. Je me rends à l’Institut français de Grèce pour rencontrer Polina Mouratidou, avec qui j’ai déjà échangé plusieurs messages. Le festival du cinéma français bat son plein et elle est très occupée, mais trouve très aimablement un moment pour travailler avec moi. Chargée de mission livre, elle m’explique tous les aspects de son activité susceptibles de m’être utiles. Mon précédent roman s&rsquo;inscrit dans un genre peu vendu en Grèce : la science-fiction. Le suivant, celui pour lequel je participe à cette résidence, relève d&rsquo;un genre plus couramment lu ici. Elle a notamment pris contact avec deux éditrices grecques. Elles ne sont malheureusement pas disponibles en ce moment pour une rencontre, car la période est compliquée : une nouvelle manifestation se prépare pour les jours suivants. Nous discutons aussi des différents programmes de traduction dans les deux langues. Cette rencontre m’ouvre de belles perspectives.</p>



<p>Il est temps de revenir en France. J’ai beaucoup écrit et pris une bonne quantité de notes, mais je n’arrive pas à croire qu’un mois et demi soit déjà passé. Pour le retour, toujours pas d’avion, mais cette fois, je décide de changer d’itinéraire pour voir un autre aspect du pays. Au lieu des Balkans, je choisis de rentrer par l’Italie. Je traverse la Grèce d’est en ouest en car jusqu’à Igoumenitsa où je prends le ferry pour Bari. Et de là, le car pour Lyon.</p>



<p>Un voyage comme celui-là laisse des traces humaines. Elles nourriront ma fiction, mais aussi ma vie. Les rencontres que j’ai faites, je les garde précieusement en moi.</p>



<p>Ma reconnaissance va à tous les Pomaks (que je ne peux pas citer), les Grecs et les personnes (dont certaines sont mentionnées ci-dessus) que j’ai croisées et qui m’ont apporté plus que je ne l’aurais imaginé. Elle va aussi à toute l’équipe de l’Institut français qui m’a fait confiance et m’a permis de passer autant de temps sur place pour travailler mon roman. Qu’ils en soient tous chaleureusement remerciés, notamment Polina Mouratidou, Anne Du&nbsp;Parquet, Victor Mallet, Valentine Gigaudaut, Emilie Pianta-Essadi. Sans eux, mon roman n’aurait pas autant de substance.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Et à présent, il finit de s’écrire&nbsp;!</h2>
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		<title>Paideia entre les oreilles</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Oct 2024 14:20:24 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Audio-livre]]></category>
		<category><![CDATA[Lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
		<category><![CDATA[science-fiction]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ça y est ! La version en série audio de trois épisodes de mon roman Paideia publié aux éditions la Volte sort aujourd&#8217;hui sur RCF et sur le podcast « Fictions ». C&#8217;est toujours étrange de s&#8217;entendre lire, encore pire de prononcer son propre texte. Heureusement, grâce au talent de Pierre Vinay et du groupe Utéki, concepteurs des musiques et des sons, et à la mise en ondes de Nicolas Trouillas avec l&#8217;aide de Mathieu Malice, tout devient fluide. Qu&#8217;allez-vous écouter ?...</p>
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<figure class="alignleft size-large is-resized"><img decoding="async" width="1024" height="734" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/10/PADEIA-photo-studio-Claire-Garand-Pierre-Vinet_reduit-1-1024x734.jpg" alt="" class="wp-image-1300" style="width:478px;height:auto" srcset="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/10/PADEIA-photo-studio-Claire-Garand-Pierre-Vinet_reduit-1-1024x734.jpg 1024w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/10/PADEIA-photo-studio-Claire-Garand-Pierre-Vinet_reduit-1-300x215.jpg 300w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/10/PADEIA-photo-studio-Claire-Garand-Pierre-Vinet_reduit-1-768x550.jpg 768w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/10/PADEIA-photo-studio-Claire-Garand-Pierre-Vinet_reduit-1-1536x1101.jpg 1536w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/10/PADEIA-photo-studio-Claire-Garand-Pierre-Vinet_reduit-1-2048x1468.jpg 2048w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/10/PADEIA-photo-studio-Claire-Garand-Pierre-Vinet_reduit-1-377x270.jpg 377w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>
</div>


<p>Ça y est ! La version en série audio de trois épisodes de mon roman Paideia publié aux éditions la Volte sort aujourd&rsquo;hui sur RCF et sur le podcast « Fictions ».</p>



<p>C&rsquo;est toujours étrange de s&rsquo;entendre lire, encore pire de prononcer son propre texte. Heureusement, grâce au talent de Pierre Vinay et du groupe Utéki, concepteurs des musiques et des sons, et à la mise en ondes de Nicolas Trouillas avec l&rsquo;aide de Mathieu Malice, tout devient fluide.</p>



<p>Qu&rsquo;allez-vous écouter ?</p>



<p>Trois épisodes condensant l&rsquo;histoire en grands moments précédés d&rsquo;une interview de Pierre Vinay et moi par Olivier Guillaume sur les coulisses du projet.</p>



<p>J&rsquo;espère que le résultat vous séduira ! </p>



<p>À bientôt sur les ondes.</p>



<p><a href="https://podcasters.spotify.com/pod/show/claire764">https://podcasters.spotify.com/pod/show/claire764</a><a href="http://<iframe src=&quot;https://podcasters.spotify.com/pod/show/claire764/embed&quot; height=&quot;102px&quot; width=&quot;400px&quot; frameborder=&quot;0&quot; scrolling=&quot;no&quot;&gt;</iframe&gt;">À écouter dans le podcast « Fictions ». </a></p>



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<iframe class="wp-embedded-content" sandbox="allow-scripts" security="restricted" title="Fictions de Claire Garand" src="https://anchor.fm/claire764/embed#?secret=hYxNNOYCcy" data-secret="hYxNNOYCcy" height="102px" width="400px" frameborder="0" scrolling="no"></iframe>
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		<title>Mon roman Paideia mis en ondes</title>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 04 Oct 2024 15:27:58 +0000</pubDate>
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		<category><![CDATA[Lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Roman]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Au départ, j’ai voulu créer une lecture musicale de mon roman Paideia. Pourquoi ? Parce que j’adore en voir et en écouter. J’ai réfléchi, sélectionné et retaillé des extraits, cherché des musiques, imaginé une mise en scène, j’en étais au costume et au plan de feu quand j’ai réalisé qu’il n’y avait qu’un tout petit problème : lire mon propre texte en public, sur scène, ne me convenait pas. Pourtant, j’ai déjà lu des extraits du roman en public, lors de rencontres...</p>
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<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img loading="lazy" decoding="async" width="1024" height="1024" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/enregistrement-1024x1024.jpg" alt="" class="wp-image-1246" style="width:338px;height:auto" srcset="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/enregistrement-1024x1024.jpg 1024w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/enregistrement-300x300.jpg 300w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/enregistrement-150x150.jpg 150w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/enregistrement-768x768.jpg 768w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/enregistrement-270x270.jpg 270w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/enregistrement.jpg 1107w" sizes="auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /></figure>



<p>Au départ, j’ai voulu créer une lecture musicale de mon roman <em>Paideia</em>.</p>



<p>Pourquoi ? Parce que j’adore en voir et en écouter. J’ai réfléchi, sélectionné et retaillé des extraits, cherché des musiques, imaginé une mise en scène, j’en étais au costume et au plan de feu quand j’ai réalisé qu’il n’y avait qu’un tout petit problème : lire mon propre texte en public, sur scène, ne me convenait pas.</p>



<p>Pourtant, j’ai déjà lu des extraits du roman en public, lors de rencontres en librairies par exemple. Mais rien n’était mis en scène. Là, si.</p>



<p>Pourtant (bis), je fais du théâtre (en amateur, sans prétention) et déclamer et jouer en public les textes <em>d&rsquo;autres</em> auteurs ne m’a jamais posé de problème (à part le trac, bien sûr, mais c’est différent).  Là, ce sont les miens.</p>



<p>Bref, ce projet était voué à retourner dans les cartons.</p>



<p>Quand soudain, surgit hors de la nuit mon amie Corinne Fréguin, avec qui je fais du théâtre, créatrice de « Livre à lire », et lectrice de textes à voix haute (et aussi dans le creux de l’oreille) devant toutes sortes de publics.</p>



<p>— Pourquoi tu n&rsquo;en ferais pas une version pour la radio ?</p>



<p>Que n’y avais-je songé plus tôt&nbsp;?</p>



<p>Avec la troupe du théâtre des forges Royales de Guérigny, nous enregistrons régulièrement des textes de théâtre pour RCF sous la houlette bienveillante de Nathalie Jadot, directrice dudit théâtre et metteuse en scène (et excellente comédienne, trop rare, Nathalie, si tu me lis, remonte sur les planches !). C&rsquo;est elle qui m&rsquo;a appris à lire en donnant de l&rsquo;intention à la voix.</p>



<p>Et me voilà partie.</p>



<p>Manquait bien sûr la musique. Pierre Vinay, violoniste de jazz, compositeur de musiques acousmatiques et bruitistes m’avait dit que <em>Paideia</em> lui avait beaucoup plu et qu’il serait ravi que ses sons (ainsi que ceux qu’il crée avec son comparse au sein du groupe Utéki) accompagnent le texte.</p>



<p>Une grande chance, car son travail acoustique provoque toujours sur moi des vagues profondes. Je ne l&rsquo;aurais pas espéré.</p>



<p>Bref, je me suis donc retrouvée en studio pour enregistrer les textes, sélectionner les musiques et mixer le tout. Résultat : trois épisodes de 25 minutes chacun qui présentent des extraits suivis du roman accompagnés, subsumés et carambolés par les bruits, les sons, les couleurs sonores de Pierre et d’Utéki.</p>



<p>Olivier Guillaume, rédacteur en chef chez RCF, a tout de suite adhéré au projet. Il nous a aussi interviewés, Pierre et moi, pour ajouter un épisode de présentation de notre travail. Un peu d’explication du processus de création ne nuit pas.</p>



<p>C&rsquo;est ainsi que nous avons créé ces 4 épisodes.</p>



<p>Ils sont réalisés et montés par Nicolas Trouillars avec la complicité créative de Mathieu Malice, toujours là pour trouver des solutions !</p>



<p>Donc un projet qui n&rsquo;aurait pas vu le jour sans toutes ces personnes autour de moi. Mille et mille mercis à tous pour tout !</p>



<p>Ces épisodes permettront de découvrir le roman sans les yeux, ou de se replonger dans l’ambiance d’une manière nouvelle.</p>



<p>Passage sur les ondes et disponibilité en podcast bientôt !</p>



<p></p>
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		<title>« Fictions », mon podcast, est disponible !</title>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 28 Sep 2024 15:55:35 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Audio-livre]]></category>
		<category><![CDATA[Lecture]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce podcast à parution aléatoire regroupe certains de mes textes lus ou préparés spécialement pour une lecture audio. Vous y retrouverez des nouvelles, des textes courts et des montages d&#8217;extraits de romans. Pour le découvrir, c&#8217;est ici : https://podcasters.spotify.com/pod/show/claire764 Bonne écoute !</p>
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<p>Ce podcast à parution aléatoire regroupe certains de mes textes lus ou préparés spécialement pour une lecture audio. </p>



<p>Vous y retrouverez des nouvelles, des textes courts et des montages d&rsquo;extraits de romans.</p>



<p>Pour le découvrir, c&rsquo;est ici : <a href="https://podcasters.spotify.com/pod/show/claire764/embed">https://podcasters.spotify.com/pod/show/claire764</a></p>



<p>Bonne écoute !</p>
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		<title>Merci, Rosny !</title>
		<link>https://claire-garand.fr/2024/09/07/merci-rosny/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[cgarand]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 07 Sep 2024 14:32:48 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Prix]]></category>
		<category><![CDATA[prix]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’inoubliable Guerre du feu est la porte d’entrée dans l’œuvre de J.-H Rosny aîné pour de nombreux lecteurs. Pas pour moi. Je ne l’ai lu qu’assez tard, quand j’avais 20&#160;ans. Ma première rencontre avec cet auteur a été marquante et a eu lieu grâce à un livre d’occasion trouvé dans une bouquinerie. Un ou deux francs, à l’époque. Je devais avoir 12&#160;ans et je l’avais acheté avec l’argent offert par ma grand-mère pour Noël. C’était Les Xipéhuz. L’histoire d’une lutte...</p>
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<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="400" height="300" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/Rosny2024-2.jpg" alt="" class="wp-image-1238" srcset="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/Rosny2024-2.jpg 400w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/Rosny2024-2-300x225.jpg 300w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/Rosny2024-2-360x270.jpg 360w" sizes="auto, (max-width: 400px) 100vw, 400px" /><figcaption class="wp-element-caption">Statuettes remises aux récipiendaires du <a href="https://www.noosfere.org/rosny/">Prix Rosny aîné</a> 2024, créées par Caza.</figcaption></figure>



<p></p>



<p>L’inoubliable <em>Guerre du feu </em>est la porte d’entrée dans l’œuvre de J.-H Rosny aîné pour de nombreux lecteurs. Pas pour moi. Je ne l’ai lu qu’assez tard, quand j’avais 20&nbsp;ans. Ma première rencontre avec cet auteur a été marquante et a eu lieu grâce à un livre d’occasion trouvé dans une bouquinerie. Un ou deux francs, à l’époque. Je devais avoir 12&nbsp;ans et je l’avais acheté avec l’argent offert par ma grand-mère pour Noël. C’était <em>Les Xipéhuz</em>. L’histoire d’une lutte entre des humains du paléolithique et une intelligence de cristal.</p>



<p>En premier lieu, l’idée d’une forme de vie (ils communiquaient et se reproduisaient) minérale m’avait séduite. Et l’incommunicabilité entre les deux espèces, fascinée — ça n’a guère changé depuis. Mais surtout, la scène de Bakhoûn se lamentant sur la disparition des êtres qu’il avait combattus et vaincus m’avait frappée. Je l’ai toujours en tête.</p>



<p>(À l&rsquo;époque, les aspects misogyne et religieux du texte m&rsquo;échappaient)</p>



<p>Tout est là&nbsp;: la violence, l’absence de dialogue, la nécessité de survivre, le massacre et la détresse qui s’ensuit, l’impression d’être passé à côté du plus important. Ce n’était pas ma première rencontre avec l’altérité en SF, mais une belle étape qui a compté. Une référence.</p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img loading="lazy" decoding="async" width="375" height="522" src="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/LesXipehuz.jpg" alt="" class="wp-image-1240" srcset="https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/LesXipehuz.jpg 375w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/LesXipehuz-216x300.jpg 216w, https://claire-garand.fr/wp-content/uploads/2024/09/LesXipehuz-194x270.jpg 194w" sizes="auto, (max-width: 375px) 100vw, 375px" /></figure>



<p>Pourquoi évoquer Rosny aîné aujourd’hui&nbsp;? Non par nostalgie, car les thèmes abordés dans <em>Les Xipéhuz</em> sont malheureusement éternels, mais par surprise.</p>



<p>Rosny aîné a donné son nom à<a href="https://www.noosfere.org/rosny/"> un prix remis chaque année lors la convention française de science-fiction</a>. Il récompense un roman de science-fiction, donc.</p>



<p>Sa particularité&nbsp;? C’est un prix de lecteurs et de lectrices qui se déroule en deux étapes. La première&nbsp;: tout le monde peut voter en ligne pour un roman (il y a aussi un prix de la nouvelle) paru dans le courant de l’année précédente. Les cinq premiers de ce classement sont ensuite départagés pendant la convention d’août par les participants.</p>



<p>Cette année, c’est <em>Paideia</em> qui a reçu le prix.</p>



<p>Et «&nbsp;Le fils du fossoyeur&nbsp;» de Nicolas de&nbsp;Torsiac qui a reçu celui de la nouvelle&nbsp;; que je félicite chaudement au passage&nbsp;!</p>



<p>Recevoir un prix remis par des lecteurs, c’est quelque chose. Surtout quand on a le sentiment de ne pas avoir écrit un texte vraiment grand public. C’est même une sacrée surprise.</p>



<p>Je voudrais donc profiter de cette notule pour remercier toutes les personnes qui ont voté pour ce roman. Car au bout du bout, c’est bien pour les lecteurs qu’on écrit.</p>



<p>Alors, merci, merci et encore merci, du fond du cœur.</p>



<p>Ah, et aussi : lisez <em>Les Xipéhuz</em> ! </p>
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